société

Métro, boulot, judo : Comment jongler entre vie pro, vie perso et vie JO ?

Valentin Houinato a, depuis des années, une double casquette : journaliste le jour et judoka la nuit. Ou presque. Partagé entre sa carrière professionnelle et sa carrière sportive, il mène une vie à 100 à l’heure avec un seul rêve en tête : combattre aux prochains Jeux olympiques. Mais comment mener vie pro, vie perso et vie JO de rang ?


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Dans la journée de Valentin Houinato, 27 ans, il n’y a pas vraiment de moment de répit. Tous les jours, il arpente les studios de Radio France, où il est journaliste depuis quatre ans. Une fois le soir venu, lorsqu’il rend l’antenne, c’est un tout autre univers auquel il se consacre : le judo, sa véritable passion depuis l’âge de cinq ans. Le sportif, qui fait partie du Top 80 mondial de sa catégorie, les -81 kilos, depuis septembre 2023, n’a aujourd’hui qu’un seul objectif : se qualifier pour les Jeux olympiques 2024, à Paris.

Pas assez bien classé pour être sélectionné en équipe de France, le judoka a choisi de représenter le pays d’origine de son père, le Bénin. Pour réaliser ce rêve d’enfant, il doit, d’ici à la fin du mois de juin, cumuler suffisamment de points lors de grandes compétitions comme les Grands Slams de Tokyo et de Bercy, les grands prix du Portugal et d’Autriche ou encore les championnats d’Afrique. Entre-temps, la vie de Valentin se résume à travailler quand il ne s’entraîne pas… et à s’entraîner quand il ne travaille pas. "C’est à peu près 50 - 50", assure-t-il.

Un état psychologique fragile

Un tel emploi du temps n’est, évidemment, pas sans impact sur sa vie, sa santé ou son bien-être mental. Au quotidien, Valentin doit accepter de nombreux sacrifices et contrariétés. Une charge mentale débordante, d’abord. "Ma vie, c’est le bordel tout le temps, il n’y a pas d’autres mots", confirme l’athlète, éternellement tiraillé entre son job et son sport.

"À Radio France, mes jours travaillés ne sont jamais fixes. D’une semaine à l’autre, je dois caler mes huit entraînements et au moins trois jours de boulot si je veux pouvoir payer mon loyer", détaille-t-il. Même au bureau, le sportif doit redoubler d’efforts pour terminer sa journée plus tôt que ses collègues. "Mais malgré ça, j’arrive souvent en retard au judo. L’un empiète toujours sur l’autre", déplore-t-il.

Un état psychologique fragile, ensuite. "J’ai constamment des doutes, je me demande tout le temps si je suis à la hauteur, si j’ai le niveau", confie l’athlète, qui assure souffrir régulièrement d’anxiété. "Il y a de meilleurs judokas que moi, et beaucoup ont pris de l’avance sur moi. Si je ne travaillais pas, mon niveau serait dix fois plus élevé qu’aujourd’hui. J’ai d’autant plus la pression, dans cinq ans, ma carrière dans le judo est terminée", observe-t-il.

Une vie sociale quasi inexistante, aussi. Valentin qui, pourtant, est d’une nature très sociable, n’a plus le temps qu’il voudrait pour profiter de ses amis et de sa famille. "J’ai besoin de les voir, ça me manque beaucoup… Mais si j’ai une soirée de temps en temps et que je me couche un peu tard, je vais commencer la semaine d’entraînements fatigué". Et ne lui parlez même pas de relations amoureuses… "Même avec une personne très compréhensive, ce serait compliqué. Du lundi au samedi, c’est boulot et entraînements. Je n’ai pas de soirées ou de week-ends de libres", regrette-t-il.

Un épuisement physique constant

Tout au long de sa semaine, entre ses journées de travail, Valentin cumule huit entraînements. Il alterne les séances de musculation, de technique, de combat et de jujitsu. "Il faut rajouter le kiné et la préparation mentale à la compétition une fois par semaine", précise-t-il. Tout cela entrecoupé de (courtes) nuits de sommeil. "Il n'y a pas un jour où je me réveille en étant en forme. Je suis dans un état constant de fatigue, toujours en tension, à la limite de la rupture", avoue le sportif, dont le surmenage a déjà été constaté par plusieurs médecins cette année.

Sans oublier ses blessures régulières, son régime alimentaire strict et les nombreux déplacements qu’il doit effectuer pour se rendre à ses compétitions. "J’ai déjà cumulé 30 heures de vols en deux jours et demi", constate le judoka. Malgré cet épuisement physique continu, il sait qu’il ne peut ni arrêter de travailler, parce qu'il a "besoin de gagner de l’argent pour vivre", ni arrêter le judo, parce que "c’est [sa] passion, [sa] raison de vivre".

Pas question de prendre de vacances, donc, au risque de voir son niveau (et son salaire) baisser. "D’autant plus qu’il y a un objectif olympique aujourd’hui", souligne-t-il. "Tout ce que je fais aujourd’hui, c’est pour cette qualification-là. C’est la dernière ligne droite, mes vraies vacances sont prévues après les JO".

"On pourrait mettre n’importe quoi dans la balance, face aux Jeux olympiques, rien ne fera le poids"

À cause de ses nombreux entraînements et compétitions, Valentin doit régulièrement refuser des contrats à Radio France. Et cela a, évidemment, un coût financier. "Je travaille environ 8 et 12 jours par mois, donc je gagne bien moins d’argent que si je travaillais à plein temps", révèle-t-il. Il faut ajouter à cela tous les frais que le judo engendre et qui ne sont pas tous entièrement remboursés par sa fédération (hôtels, avions, équipements…).

Ses blessures, aussi, peuvent lui coûter cher. "En septembre dernier, j’ai subi une grosse opération du genou. Je n’ai pas bossé pendant 5 semaines", avoue-t-il. Sans contrat, le journaliste n’a pas pu bénéficier de la couverture de l’assurance-maladie. "J’ai été à découvert pendant un mois et demi", se souvient-il, avant de conclure : "Je dépense plus que ce que je gagne. Ce sport, c’est un vrai gouffre financier".

Malgré toutes ces contraintes, Valentin ne changerait son quotidien pour rien au monde. "Je ne serais pas heureux si je ne faisais pas tout ça", confesse-t-il. À ses yeux, l’objectif des JO prend le pas sur tout. "Ça fait vingt ans que je fais du judo et dix ans que je travaille pour ça… Toute ma vie a toujours été tournée vers cet objectif", conclut-il, avant d’ajouter, le sourire aux lèvres : "On pourrait mettre n’importe quoi dans la balance, face aux Jeux olympiques, rien ne fera le poids".

Joséphine de Rubercy

Journaliste

J’adore les gens et comprendre ce qu’il y a dans leur tête. J’aurais pu être psy mais je suis beaucoup trop hyperactive. […]

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