société

Luc Carvounas : Histoire d’un mariage pour tous

Luc Carvounas est le premier parlementaire en fonction à s’être marié avec une personne du même sexe. Une révolution en 2015 à l’impact sociétal immense. Rencontre avec celui qui voulait un mariage d’amour et qui a ajouté à son union, quelques lignes d’histoire en plus.


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La date du 11 juillet 2015 ne vous dit peut-être pas grand-chose. Mais pour Luc Carvounas et la République française, c’est un grand jour. Ce jour d’été, Luc Carvounas, maire de la commune d’Alfortville (Val-de-Marne) se marie avec Stéphane Exposito.

C’est le premier parlementaire en fonction à s’unir avec une personne du même sexe. Deux ans après la promulgation de la loi dite du “mariage pour tous”, il entre dans l’histoire, l’écrit, sans jamais avoir voulu en prendre la plume. Juste une preuve d’amour avec la France entière en témoin.

Un coup de foudre, pas un coup de com

Je ne me rendais pas compte du côté singulier de la situation. Moi j’étais juste amoureux de mon chéri, je pensais à ‘the ring’, lâche Luc Carvounas malicieusement en montrant son alliance. “Je voulais juste me marier et pas en faire un truc… il y a des gens qui ont prêté l’intention de ma part que je voulais en faire un objet de communication. Franchement, les gens qui pensent à ça, je les plains. Ça veut dire qu’ils n’ont jamais été amoureux de leur vie”.

Huit ans après avoir dit oui, le maire de cette commune du Val-de-Marne se souvient comment son mariage d’amour est devenu un mariage symbolique pour toute la France. ”C’est parti comme une traînée de poudre parce que je connaissais bien la rédactrice en chef du Parisien (Val-de-Marne) de l’époque. Elle m’appelle pour me demander si je vais me marier. Je lui ai dit “Oui, je vais me marier, mais c’est un truc perso”. Et elle me dit : “Oui, mais je ne peux pas ne pas le dire”.

Quelques jours plus tard, l’annonce est faite dans un entrefilet du journal local avec cette phrase : “Il sera le premier parlementaire français à se marier avec un homme”. “Et là, ça part”, rigole-t-il à rebours. “On a reçu des messages du monde entier”, s’exclame l’élu de gauche. Une union qui aura réuni deux hommes, mais aussi la quasi-intégralité de la classe politique de l’époque. Un exploit.

“Le message, c'est que les gens s’en foutent !”

Forcément, la question qui me brûle les lèvres est de lui demander s’il a hésité à le faire, s’il a hésité à mettre en lumière sa vie privée avec le potentiel risque politique derrière. Luc Carvounas m’explique alors le contrat de confiance qui lie un élu et ses citoyens : “Je suis maire, et être maire, c’est H24. La porosité entre vie privée et vie publique, il faut l’accepter. Quand j’étais célibataire, les Alfortvillais se disaient “mais c’est pas possible, c’est un bon parti… pia pia pia. Il doit être homosexuel, il ne veut pas le dire”.

Les gens qui piaillent quand vous êtes en responsabilité politique, ce n’est pas pour savoir si on vit avec une femme ou avec un homme. Cette personne, on lui confie notre voix, et donc les gens qui vous font confiance, ils veulent juste connaitre la personne à qui ils accordent leur confiance”, explique-t-il. “C’est quoi sa vie privée ? Est-ce qu’il est stable ? Est-ce qu’il est instable ? Du moment où les gens ont compris que j’aimais les hommes et que j’étais en couple, ça fait maintenant 12 ans avec Stéphane, la question ne s’est même plus posée. Ok, il est gay”.

Et d’ajouter avec son affabilité naturelle : “En fait, on est couillon parce qu’on a peur de la réaction de ceux qui vous aiment, y compris dans le monde professionnel, et ça ne change rien. René (Rouquet, l’ancien maire d’Alfortville, ndlr) m’a accompagné, il a très bien su depuis le début qui j’étais et par pudeur vis-à-vis de moi, il n’en parlait jamais. Il n’a rien appris. Les gens qui vous apprécient : les citoyens, les amis, les parents… le message, c'est que les gens s’en foutent !”

Des menaces de mort

Évidemment, raconter l’histoire de ce mariage d’amour ne serait pas complète sans sa face sombre. “Tout ne s’est pas passé non plus de manière super lisse”, rappelle Luc Carvounas. “Quand on a décidé qu’on allait se marier, et que c’est devenu public, j’ai dit à Steph : ‘tu vas voir, on va avoir des tarés qui vont nous menacer de mort’. Ça n’a pas loupé”.

Il raconte ainsi cette sombre anecdote : “Un soir, j’étais en train de promener notre chien et Steph m’appelle et me dit : 'Regarde les réseaux sociaux'. Pour moi, c’était 'je vais te jeter de l’acide à la gueule', pour Stéphane 'on va te planter'. On était à 15 jours du mariage. Bon comme je ne suis pas le citoyen “lambda”, qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai appelé mon commissaire de police. Dans la perquisition chez le type, on a retrouvé… des vidéos gays ! Cherchez l’erreur”, glisse-t-il avec sourire, mais non sans gravité.

“On est des responsables politiques, si on veut que la société avance, ça avance avec nous”

Ça a dû être dur pour l’autre génération, pas la mienne, résume le néo quinqua. “Même si je suis triste pour certains élus, femmes comme hommes, dont je sais qu’ils partagent la vie avec une personne de même sexe et qui, à l’âge qu’elles ont, continuent d’en faire quelque chose de secret. Ça va, ça suffit”, souffle-t-il avant d’embrayer sur le rôle sociétal de la fonction : “On est des responsables politiques, si on veut que la société avance, ça avance avec nous”.

“Je crois que tous les écosystèmes peuvent faire avancer les choses : le monde de l’entreprise, le monde universitaire, le monde associatif, le monde politique, etc. Mais encore faut-il qu’on ait les bonnes personnes au bon endroit, tonne-t-il. “Ça fait 10 ans que le mariage pour tous a été voté. J’ai vu que Gérald Darmanin a fait un mea-culpa en disant 'si c’était à refaire, je voterais la loi'. Il a avancé. Oui, la société a changé, mais il y a encore du boulot”, conclut-il dans un dernier sourire d’une élégante simplicité et d’une bienveillance chevillée au corps.

Yannick Merciris

Head of Editorial The Daily Swile

Journaliste qui aime autant les mots que le ballon rond. Vu que je gère mieux le premier que le second, j’ai décidé […]

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