Société

Cancers professionnels : quand le travail impacte notre santé

À l’occasion du premier sommet sur la santé des femmes organisé par la start-up Ninti, nous avons rencontré la chercheuse en épidémiologie Christine Barul. Une scientifique émérite qui étudie le lien entre notre vie professionnelle et le développement de cancers.

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Certaines conditions de travail peuvent entraîner le développement de maladies graves. En France, chaque année, environ 1900 cancers professionnels sont reconnus par l’Assurance Maladie. Et c’est le rôle de la docteure Christine Barul, chercheuse en épidémiologie, de comprendre ce phénomène.

Affectée à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, et rattachée à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (IRSET), elle étudie notamment l’impact du travail de nuit sur notre santé.

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Vous êtes chercheuse en épidémiologie, spécialisée en santé au travail. C’est quoi votre job ?

Christine Barul : L’épidémiologie, c’est la science qui permet d’étudier la distribution des événements de santé au sein d’une population pendant une période donnée. Et l’objectif de mon programme de recherche, c’est d’examiner le rôle du travail dans la survenue du cancer.

J’étudie les environnements de travail, les manières dont s’organise le travail, mais surtout le rôle de ce que l’on appelle l’exposant professionnel. On parle d’expositions à l’amiante ou aux fumées des moteurs diesel, par exemple. Elles sont reconnues par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui est une branche de l’Organisation mondiale de la Santé.

En partant de ce constat, est-ce que certains métiers sont plus exposés que d’autres ?

Christine Barul : Oui ! Les professions de peintre ou pompier sont reconnues cancérogènes par le CIRC, puisqu’elles sont exposées à une multitude de composés et de substances, notamment chimiques. On parle aussi d’industries entières, comme celle du caoutchouc.

Vous intervenez aujourd’hui lors du premier sommet sur la santé des femmes au travail. Est-ce que ces dernières sont davantage touchées par certains types de cancers, liés à leur vie professionnelle ?

Christine Barul : En ce moment, j’étudie le lien entre le travail de nuit et le développement de cancers. Et il s’avère qu’il existe des associations positives entre le fait de travailler de nuit et d’être atteinte d’un cancer du sein. Plusieurs mécanismes sont suspectés, mais on sait que le travail de nuit implique une exposition à la lumière artificielle. Lumière qui a un impact défavorable sur la sécrétion de la mélatonine.

C’est une hormone qui agit comme un capitaine au sein d’une troupe. Elle décide de l’organisation et vérifie que toutes les unités vont bien. Enfin ça, c’est lorsqu’il y a une synthèse normale de la mélatonine le soir. Avec l’exposition à la lumière artificielle, elle s’arrête. Donc il n’y a plus de capitaine, et tout se désorganise. Les mécanismes de défense disparaissent. Dans le corps humain, des cellules se multiplient de manière anarchique, forment des amas, et entraînent le développement d’une tumeur.

Existe-t-il d’autres facteurs chez les individus qui favorisent la survenue d’un cancer lié au travail ?

Christine Barul : Oui. On parle du chronotype perçu. Lorsqu’un individu travaille la nuit, on va lui demander s’il est plutôt matinal, ou du soir. Quel est son rythme de sommeil… On possède des baromètres concrets, et on constate qu’en fonction de son chronotype, le risque de survenue d’un cancer est plus ou moins élevé.

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Une fois le lien entre travail et cancer établi, la maladie est-elle inévitable ? Peut-on limiter les risques ?

Christine Barul : Alors non, justement, il n’y a rien d’inévitable. En épidémiologie, nos recherches existent pour que la proportion de cancers liés à l’environnement de travail diminue. Vous n’allez pas au travail pour développer un cancer. À la lumière de nos recherches, et si la littérature scientifique est assez fournie, les instances se réunissent et prennent des décisions.

En France, depuis peu, le cancer de la prostate est inscrit au tableau des maladies professionnelles en lien avec l’exposition professionnelle aux pesticides. Aujourd’hui, les agriculteurs qui ont développé un cancer de la prostate à cause des pesticides peuvent être pris en charge plus facilement, être accompagnés dans leur parcours de soins et peuvent même être indemnisés.

Angélique Bailleux

Journaliste

Journaliste (quasi) née avec TikTok, je me suis intéressée au monde du travail grâce aux réseaux sociaux. Mon objectif aujourd’hui : l’expliquer [...]

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