Société

Motivation : qu’est-ce qui nous fait vraiment lever le matin ?

Les raisons de repousser l’heure du lever peuvent être nombreuses. Les raisons d’aller travailler le sont encore plus. Mais qu’est-ce qui nous pousse chaque matin à avoir envie… Après avoir lu cet article, vous saurez vraiment ce qui vous motive le matin… ou pas.

4 min
2 février 2026par Yannick Merciris

“Ce matin, j’ai la flemme”. Cette phrase, vous l’avez sûrement déjà prononcée, ou du moins pensée, puis… vous vous êtes levé quand même : direction le boulot. Vous avez trouvé la motivation pour le faire.

La motivation, “c’est l’énergie que l’on met vers l’atteinte d’un but.” Voilà la définition que donne Jacques Forest, professeur-chercheur et psychologue à l’UQAM (Canada). Grand spécialiste de la question de la motivation, il explique simplement que c’est un déplacement d’énergie. Reste donc une question : où trouve-t-on toute cette énergie ?

La première des raisons, et la plus logique, serait de se dire qu’on est motivé par des choses positives. ”La réponse est non”, claque Jacques Forest. Il est plus important de se soucier de la qualité des motivations que de la quantité de motivation. C’est ce qu’on appelle la théorie de l’autodétermination.

En fait, la motivation est une ligne

Imaginez une ligne sur laquelle vous auriez d’un côté le plaisir, et de l’autre, l’absence de raison identifiable, aka la démotivation. C’est en déplaçant le curseur de gauche à droite (ou de haut en bas) que se trouve le cœur du sujet de la motivation. Chaque cran étant un des leviers de motivation : plaisir, sens, égo, récompenses et punitions (sociales et/ou matérielles).

Les 4 leviers de motivation

  • Motivation intrinsèque (plaisir) : “Je fais des tâches que j’aime, je ne vois pas le temps passer. Si possible j’excelle dans ce que je fais.”
  • Motivation identifiée (sens) : “Je trouve important de faire ça, donc je le fais. Ce sont des valeurs qu’on a absorbées."
  • **Motivation introjectée (ego ou fierté) : *“*C’est quand on veut se prouver qu’on est capable. Mais le problème, c’est qu’elle est indissociable de la honte et de la culpabilité. Une partie peut t’aider, mais une autre peut te nuire. C’est comme appuyer sur le frein et l’accélérateur en même temps."
  • **Motivation extrinsèque (récompenses ou sanctions) : "**C’est faire les choses pour récupérer une récompense (matérielle ou sociale) ou par peur d’être sanctionné si on ne le fait pas. Dans le sport, c’est la médaille ou la gloire, dans le boulot, c’est l’argent (ou la peur de perdre son emploi), par exemple."

Qu’est-ce qui incite à la performance ?

Là, vous devez vous demander : quelle est la meilleure des motivations ? Quelle est la plus efficace ? Les enquêtes déclaratives disent que les gens sont motivés par l’argent, d’autres par le sens ou le plaisir. Que répond la science ?

“La motivation identifiée, c’est le meilleur prédicteur de la performance… plus que le plaisir, contrairement à ce que les gens pensent”, précise le spécialiste. “Quand tu as uniquement le plaisir, lorsqu’il s’enlève, il ne reste plus rien, donc tu arrêtes. Mais si c’est important pour toi, tu vas continuer à faire des efforts”.

“Des centaines de milliers de personnes ont été sondées dans des dizaines de pays, dans plein de domaines différents : les résultats vont systématiquement dans le même sens”, assure le chercheur.

Est-on plus motivé quand notre job, c’est de faire du sport ?

Le sport répond-il aux mêmes schémas de pensées ? Il semble plus naturel de se dire qu’une passion est plus motivante qu’un job. “En sport, c’est la même chose. On a tendance à penser que quand on prend du plaisir, ça mène à la performance. Non. Pour exceller en sport, il ne faut pas faire que ton sport”, enchaîne le professeur.

Pour cela, il parle du fameux travail invisible : celui qui est primordial pour passer du simple plaisir à la performance idéale. “Il y a plein de choses qui gravitent autour qui sont difficiles : bien manger, bien s’hydrater, bien dormir, bien récupérer, traiter les blessures, aller à la salle de sport pour soulever des poids. Mais si tu intègres que ces tâches-là vont te permettre d’exceller, c’est là que la magie opère”, prophétise-t-il.

Plus encore, le cerveau associe ces leviers à des bienfaits vérifiés. “Peu importe le domaine : l’éducation, le sport, les pratiques parentales, les politiques publiques, le travail… plus on se dirige vers le plaisir, l’identité et le sens, plus on récolte des conséquences cognitives (concentration), émotionnelles (enthousiasme, vigueur) et physiologiques (stress restreint, plus grande VFC) et comportementales positives”, pointe Jacques Forest.

L’argent serait-il un mauvais levier de motivation ?

À ce moment de la lecture, vous tiquez peut-être encore sur la problématique de la “récompense” : comment l’argent ne peut-il pas être un facteur clé… quand il est l’argument le plus cité par les collaborateurs ?

“La théorie de l’autodétermination est souvent perçue comme “anti-récompense”. C’est faux. On devrait juste être anti-contrôle”. De quoi s’agit-il exactement ? Notre expert s’explique : “Le problème des managers (ou des coachs), c’est qu’ils alternent entre donner de l’autonomie et du contrôle”.

“En science, on parle de sens fonctionnel. Ça veut dire : est-ce que la récompense que je reçois (tangible ou non) m’informe sur mon progrès OU est-ce que la récompense est un contrôle qui me dit que j’ai bien fait les choses ?”, précise le Québécois.

Et la solution miracle est…

La clé, comme souvent, se trouve dans le bureau des managers. Car selon notre expert, “l’immense majorité des efforts en entreprise est mis sur l’argent alors que ce n’est pas là qu’il y a le plus d’effet”.

Et pour cela, il claque cette affirmation : “Si l’on compare le pouvoir motivationnel entre un bonus VS avoir un manager bienveillant, les relations sociales sont 2 à 3 fois plus puissantes que l’argent.”

Cela signifie-t-il qu’il faut supprimer tous les bonus et recruter des managers qui seront des dieux du discours inspirant ? Certainement pas. “L’argent, c’est comme les calories ou la température. Si c’est trop bas, tu as des problèmes, si c’est trop haut aussi”, illustre Jacques Forest. Et d’enchaîner : “L’argent, c’est particulièrement motivant pour s’extraire de la pauvreté, mais une fois qu’on arrive à un niveau qui semble juste, équitable, c’est un levier moins efficace.”

Il ne faut donc pas dire que l’ego et les récompenses ne fonctionnent pas. “Au contraire, ça a un effet colossal”, rappelle le professeur, “mais ça appuie sur les moins bons boutons pour activer le moins bon de l’humain. Ça fonctionne à court terme avec un très fort coût… sur le bien-être notamment”.

“Plus on se dirige vers la motivation intrinsèque et identifiée, moins on a de détresse. En revanche, plus on va vers la motivation introjectée et extrinsèque, plus la détresse est grande”, conclut-il.

Vous l’aurez compris, motiver, c’est la clé de la performance. Il faut juste trouver les bonnes raisons. C’est là que le jeu se complique… mais il en vaut la chandelle.

Yannick Merciris

Head of Editorial The Daily Swile

Journaliste qui aime autant les mots que le ballon rond. Vu que je gère mieux le premier que le second, j’ai décidé [...]

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