société

“La santé mentale peut avoir un coût, mais elle n’a pas de prix” (Thomas Chardin, Parlons RH)

La santé mentale est-elle rentable ? Associer la notion de rentabilité à celle de santé est un paradoxe. Alors, se demander si la santé mentale est rentable, cela peut sembler perturbant.


6 min

Rentable” : selon la définition du Petit Robert, rentable signifie :

  1. Qui produit une rente, un bénéfice. Ex. : Une exploitation rentable.
  2. FAMILIER - Qui donne des résultats. Ex. : Une méthode rentable.

Synonymes : payant.

Alors, vu sous cet angle, oui : la santé mentale est rentable. Mais la question a-t-elle vraiment un sens quand le Code du travail fait obligation à l’employeur de créer les conditions de la préservation et de l’entretien de la santé physique et mentale des salariés ? Vous demandez-vous s’il est rentable de vous arrêter au feu rouge lorsque vous êtes au volant de votre voiture ? Est-il rentable de vous faire soigner une carie ?

Pourtant, la santé mentale interroge

Elle questionne d’autant plus que sa qualité est en recul. Si l’on se réfère à une étude Malakoff Humanis publiée au printemps 2023, 45% des hommes et 55% des femmes déclarent avoir souffert de troubles psychologiques au cours des 12 derniers mois. Troubles de l'humeur/dépression (30%), troubles anxieux (37%), troubles liés au traumatisme et au stress (21%), épuisement professionnel/burn-out (25%)… 44% des femmes salariées se disent même en moins bonne santé psychologique contre 32% des hommes. Un chiffre en hausse de 4 points par rapport à 2022 !

La santé mentale au travail questionne, aussi, parce qu’elle ne se cantonne pas aux murs de l’entreprise. 74 % des salariés déclarent ainsi que leur état de santé psychologique est « en partie » ou « totalement lié » à leur travail ! L’entreprise a donc une responsabilité majeure dans l’état de santé psychologique de ses salariés. Une responsabilité sociétale profonde qui ne doit pas éluder l’enjeu économique…

La rentabilité de la santé mentale : une question de mentalité ?

Dans nos sociétés capitalistes et productivistes, la rentabilité, c’est le nec plus ultra. Si en plus celle-ci peut être « durable » comme devrait l’être l’environnement, alors là, c'est le Saint Graal ! Alors, au-delà de toute considération légale, l’entreprise a naturellement intérêt à préserver la santé mentale de ses collaborateurs. Plus équilibrés, plus épanouis, plus heureux, les salariés sont naturellement plus investis, plus engagés.

La rédaction vous conseille

Pourtant, la réalité froide et implacable des chiffres démontre qu’il y a encore beaucoup à faire. En effet, selon un rapport de l’OCDE intitulé Promoting Health and Well Being at Work, près de la moitié (47,6%) des personnes souffrant de problèmes de santé mentale ont été absentes du travail au moins une fois au cours de l’année précédente, contre un peu moins d’un tiers (30,4%) des personnes qui n’en souffrent pas. Et les auteurs du rapport de souligner que « le coût des troubles de la santé mentale pour le marché du travail s’élève à plus de 1.5 % du PIB dans les pays européens ».

Alors que la croissance de l’absentéisme au travail est galopante (la 15e édition du Baromètre de l’Absentéisme® et de l’Engagement d’Ayming, révèle qu’en moyenne un salarié cumule 24,5 jours d’absence en 2022 et que 47% des collaborateurs enregistrent au moins une absence par an), se saisir de l’enjeu de la santé mentale, devrait être une priorité absolue. Et ce pour trois raisons cumulatives :

  • Économique : la santé mentale a un coût pour l’entreprise et la société
  • Opérationnelle : l’entreprise devient “inmanageable” quand un salarié est absent 1 mois par an en moyenne
  • Sociale : peut-on se satisfaire que l’entreprise devienne une machine à broyer alors qu’elle devrait produire du bien commun ?

La santé mentale, c’est quoi ?

Je l’ai dit précédemment : le Code du travail français souligne la responsabilité de l'employeur en matière de santé mentale des collaborateurs. Il stipule que ce dernier doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés. Cela englobe la prévention des risques psychosociaux et la mise en place de mesures visant à améliorer les conditions de travail.

Mais, au-delà de cette définition technique, qu’est-ce que la préservation de la santé mentale de vos salariés ? Pour moi, c’est une kyrielle de petits riens, associée à une multitude de grands projets, saupoudré d’une bonne dose de management.

Chaque jour, faire en sorte que chaque collaborateur ait la sensation d’être utile, d’avoir fait avancer le collectif, de trouver ce sens qui est le moteur de l’engagement. C’est bien cela, la responsabilité de l’entreprise et de son bras armé d’attention, les managers.

Ha les managers… ce rouage essentiel de l’entreprise qui se raréfie dont la perspective ne devrait être que de s’accomplir à travers la réussite des autres. Leur job n’est pas que d’avoir une vision et de la décliner en plan d'action, mais principalement de s’occuper des humains afin de réussir à accomplir ensemble une mission.

Alors oui, la santé mentale est éminemment rentable. Elle est un investissement au long cours. Elle est un projet global et transverse qui implique l’ensemble des parties prenantes… et bien sûr les collaborateurs eux-mêmes. Écouter, entendre, comprendre, accompagner, partager, former, offrir des perspectives, « donner l’envie d’avoir envie »… La santé mentale peut avoir un coût, mais elle n’a pas de prix.

Entre santé mentale, déraison organisée et folie acceptable…

Il est de bon ton de conclure une tribune sur une punchline. Mais le sujet mérite sans doute mieux. On s’interroge beaucoup sur les causes du recul de la santé mentale dans le monde du travail. La quête du bien-être passe souvent pour la réponse ultime. Mais, est-ce vraiment le cas ?

Érasme, l’auteur de l’Éloge de la folie (1509), utilisait la figure allégorique de la Folie pour critiquer les pratiques sociales et religieuses de son temps. La Folie, personnage fictif, défend l'idée que certaines formes de folie peuvent apporter de la joie et du bonheur… À méditer, n’est-ce pas ? Et si la folie était finalement le contrepoison nécessaire pour améliorer la santé mentale des collaborateurs ? Quand Hegel écrivait : « rien de grand ne s’est fait dans le monde sans passion », il ne pensait sans doute pas organisation hybride, flex Office ou hospitality management et pourtant…

Chefs d’entreprise, dirigeants, DRH, managers, c’est à vous de tout mettre en œuvre pour que chaque collaborateur puisse, chaque matin, en franchissant le seuil du bureau (ou en lançant Teams), ressentir la vibration passionnée et passionnante d’une nouvelle journée d’aventures professionnelles. Serez-vous assez fou pour relever ce défi ?

Thomas Chardin, Dirigeant fondateur de Parlons RH

Thomas Chardin est le Dirigeant fondateur de Parlons RH, média et agencé dédiées à l'ensemble de l'écosystème RH en France. Il est expert des Ressources Humaines et du Marketing et accompagne depuis plus de 25 ans les DRH et leurs partenaires dans l’intégration du digital dans leur stratégie de marque qu’elle soit employeur ou corporate.Thomas est par ailleurs spécialiste des technologies dédiées à la fonction RH, Vice-Président du Lab RH, Co-fondateur de HR Technologies France, senior advisor de start-ups RH, conférencier, intervenant au CNAM, Sciences Po Paris et à la Sorbonne.Il est l’auteur de « DRH, mission ou démission, 3 pistes d’action à l’heure du choix » aux éditions Diateino.

Contributeur externe

Auteur/Autrice

La newsletter qui va vous faire aimer parler boulot.

Chaque semaine dans votre boite mail.

Pourquoi ces informations ? Swile traite ces informations afin de vous envoyer sa newsletter. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien présent dans chacun de nos emails. Pour en savoir plus sur la gestion de vos données personnelles et pour exercer vos droits, vous pouvez consulter notre politique de confidentialité