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Victime d’un AVC à 30 ans, comment Hubert a réappris à travailler

Hubert a 37 ans. Si vous le croisez dans la rue, dans un bar ou dans une réunion, vous ne pouvez absolument pas savoir ce qui lui est arrivé. À 30 ans, il est victime d’un AVC très grave. Selon ses mots, et sans l’intervention d’une infirmière, il aurait dû y rester. Tout ça, c’est du passé, mais ça impacte son présent. Portrait d’un homme qui a réappris à travailler, après avoir frôlé la mort.


5 min
1er février 2023par Yannick Merciris

“Il y a pas mal de choses qui ont changé entre avant mon AVC et maintenant, mon rapport au travail a changé”. Par ces quelques mots, Hubert parle d’une chose banale et simple : bosser. Quelque chose qu’il a failli ne plus jamais faire. Le 4 mai 2016, Hubert est victime d’un AVC, un accident vasculaire cérébral. Une hémorragie dans le cerveau qui aurait dû lui être fatal. Il ne doit son salut qu’à deux femmes. Sa compagne qui a tout de suite reconnu les signes et appelé les secours. Et une aide-soignante qui, à l’encontre de l’avis des urgentistes, pousse une gueulante pour qu’il passe en opération. “Merci”, dit-il encore aujourd’hui.

Un an et demi plus tard, il reprend le travail...

Quatre mois de coma plus tard, il doit “réapprendre à marcher, à me laver, à me raser, à manger correctement”, se souvient-il. Et bien sûr, quand on revit, ça passe aussi par la case boulot. Un an et demi après, il est de retour. "J’ai d’abord repris le travail en mi-temps thérapeutique, puis progressivement à temps plein”, explique-t-il.

Le premier jour, j’avais très envie de reprendre parce que je suis un peu un acharné du travail et j’aimais beaucoup mes collègues. Je me suis senti un peu plus affaibli qu’avant, forcément. Quand on fait un AVC, on est extrêmement fatigué. J’avais des troubles cognitifs, j’avais des problèmes de concentration. Je devais faire des pauses toutes les heures, c’était obligatoire, sinon j’avais des vrais maux de tête. Mon manager et les RH avaient très bien pris en compte cela”, rembobine celui qui occupe aujourd’hui un poste important dans le digital marketing chez un grand équipementier sportif.

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“Comment les collègues vont percevoir ça ? Quelles questions vont-ils me poser ?”

L’autre combat qu’il a eu à mener, c’est le regard des autres sur lui. “Avec l’AVC, il y a aussi des dérèglements émotionnels et on n’en parle pas assez. On a du mal à contrôler ses émotions, à interagir avec les gens. Forcément, j’avais un peu d’appréhension : comment les collègues vont percevoir ça ? Quelles questions vont-ils me poser ? Comment je vais réagir ? Il y a ceux qui m’ont considéré comme avant l’accident. Pour eux, il n’y avait pas eu de changement. Il savait ce qu’il s’était passé et ils ont repris comme si “rien n’était arrivé”. Et puis il y a ceux pour qui c’est plus compliqué. Mais ça fait écho à ta relation personnelle avec la peur, l’accident, le décès”.

Le Hubert post-accident était-il si différent ? A-t-il ressenti une certaine infantilisation, même bienveillante ? C’est encore lui qui l’explique le mieux : “Il y a eu ce sentiment de “Je suis une personne très fragile, il faut faire attention à moi, ne pas trop me brusquer, etc”. C’est une chose que j’ai essayé de surmonter assez rapidement pour prouver aux autres, mais aussi à moi que j’étais revenu à mes compétences d’avant, à mon niveau d’avant. C’était frustrant par moment, mais j’ai réussi”.

Une des clés de son retour réussi, passe aussi par la case manager.“J’ai eu la chance d’avoir un manager qui était très sensible sur ces sujets-là, et qui a donc sensibilisé l’équipe sur la façon d’aborder mon retour au travail”.

“C’était difficile de le dire en entretien d’embauche que j’avais eu cet AVC”

Mais ce retour au travail n’a pas été un long fleuve tranquille. Lui, l’Alsacien d’origine a des envies de retour au bercail. Ça sera donc Strasbourg, pour être proche des siens. Qui dit nouvelle région, dit nouveau taff. Sauf que le taff ne vient pas si vite. Et il se heurte à la difficile question du handicap et du travail. “C’était difficile de le dire en entretien d’embauche que j’avais eu cet AVC et que j’avais des petites séquelles, et donc reconnu comme travailleur handicapé. C’est pas facile à aborder et ça te renvoie à ta propre image de soi”.

Aujourd’hui en France, on compte 12 millions de personnes en situation de handicap dont 9 millions (80%) qui ont un handicap invisible. “Quand on parle de handicap invisible, on parle de handicap cognitif, mais aussi des personnes diabétiques parce que ça nécessite des piqures d’insuline à certain moment de la journée et donc ça prend sur le rythme de travail, ou encore des personnes qui souffrent d’endométriose”.

Un statut de travailleur handicapé, ça change quoi ? “Ça ne donne pas accès à des primes, rigole-t-il avant d’enchaîner : “En France, il y a une législation qui impose un certain nombre de travailleurs handicapés au sein d’une entreprise. Du coup, ça me fait passer dans ce quota-là, mais si je n’aime pas trop le terme quota”.

Avant, j’étais à fond sur 99% de mes sujets, aujourd’hui, je gère mieux mes efforts pour me focaliser sur les sujets importants”

Aujourd’hui, Hubert est forcément différent. Une épreuve qui l’a rendu plus fort, mais aussi plus lucide sur sa vie quotidienne. ”Il y a pas mal de choses qui ont changé entre avant mon AVC et maintenant, mon rapport au travail a changé. J’aime toujours travailler, mais je ne vais plus me pousser à l’extrême comme je le faisais auparavant. Je vais faire beaucoup plus attention à moi, à ma cadence de travail. Quand on vit un tel accident, ça te fait relativiser sur beaucoup beaucoup de choses. Avant, j’étais à fond sur 99% de mes sujets, aujourd’hui, je gère mieux mes efforts pour me focaliser sur les sujets importants”.

Désormais, cette différence, il la cultive un peu plus chaque jour. Car cet accident lui a permis d’avoir autre “grille de lecture” comme il l’explique. “J’ai fait un AVC, certes, mais j’ai fait cet AVC trois mois après la naissance de ma fille. Donc, je relativise par rapport à ce qui m’est arrivé personnellement, et on a envie de dédier son énergie pour faire en sorte que son enfant ait la meilleure vie possible. Dans mes choix de carrière pro, j’ai cherché à avoir un métier et un employeur avec lequel j’arrive toujours à prendre du plaisir, mais aussi à avoir une vie perso à côté qui soit gérable”. Et d’ajouter avec un sourire malicieux : “J’espère que je travaille mieux aujourd’hui.”

Yannick Merciris

Head of Editorial The Daily Swile

Journaliste qui aime autant les mots que le ballon rond. Vu que je gère mieux le premier que le second, j’ai décidé […]

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