société

Pourquoi femmes et hommes ne sont pas égaux face aux cheveux blancs ?

Face aux cheveux blancs, femmes et hommes ne semblent pas être égaux. Aussi bien au travail qu’en dehors. Alors comment réussir à tirer son épingle du cheveu ?


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En août 2022, Lisa LaFlamme, une présentatrice canadienne de 58 ans, se faisait débarquer de l’antenne nationale, remplacée par un “jeunot” de 39 ans. Outre-Atlantique, les observateurs n’ont pas tardé à taxer cette décision d'âgisme. Car concours de circonstances ou non, elle avait cessé de se teindre les cheveux durant la pandémie.  **

“J’ai fini par me dire ‘Pourquoi je m’embête ? Je garde mes cheveux gris’. Franchement, si j’avais pu imaginer à quel point le confinement serait libérateur, je l’aurais fait bien plus tôt”, avait-elle confié. Libérateur sûrement, mais à quel prix ?

La guerre des cheveux blancs

Se libérer des diktats de la société n’est pas une mission facile pour les femmes. Qu’il s’agisse de la maternité ou encore de la ménopause, leur corps est sans cesse scruté, comparé. “On prend conscience de son vieillissement de l’intérieur (santé, capacités physiques etc), mais aussi en se confrontant au regard de l’autre, à son appréciation sociale et culturelle”, analyse Mélissa-Asli Petit, Docteure en sociologie et CEO du bureau d’études Mixing Générations.

Or, ce jugement est particulièrement fort au travail, “puisque l’on y est en permanence en représentation”, pointe David Le Breton, professeur à l’université de Strasbourg et spécialiste de la sociologie du corps. C’est ainsi que les collègues n’hésitent pas à pointer la survenue des premiers cheveux blancs, ou encore à s’étonner que Myriam ne se teigne pas sa chevelure pour paraître plus jeune.

D'un homme qui vieillit on dit : ‘Il a de la gueule’, d'une femme on dira plutôt : ‘C'est une vieille peau' - Simone Signoret

Y’a-t-il une “Georgette Clooney” ?

Bien sûr, l’homme et la femme sont tous les deux sujets aux signes du vieillissement. D’ailleurs, les hommes y sont même exposés plus tôt avec la calvitie qui peut les clairsemer dès la vingtaine. Mais justement, cette exposition précoce explique-t-elle que la condition masculine soit renvoyée plus vite à une forme d’acceptation de ce corps qui change ?

C’est une hypothèse que l’on peut émettre selon Mélissa-Asli Petit. En effet, on peut s’étonner qu’avoir des cheveux blancs pour une femme fasse “vieille”, quand un homme poivre et sel est perçu comme attirant. L’exemple typique ? Georges Clooney qui n’a rien perdu de son sex appeal, en tout cas, c’est ce qu’on nous dit et montre depuis des années.

On a les mêmes cheveux, mais on n’a pas la même acceptation

En fait, “*les cheveux blancs chez un homme renvoient encore à une forme de virilisation : le poids de l’expérience, la sagesse. Alors que chez la femme, les cheveux blancs sont associés au vieillissement, à la disparition de la séduction, et même de sa valeur intrinsèque”*, souligne David Le Breton.

Par valeur, se cache notamment la question de son infécondité et donc de son inutilité. D’ailleurs, saviez-vous que l’on parle de ménopause sociale dès 40 ans ? Si l’on plonge dans l’imaginaire collectif, on peut d’ailleurs s’étonner que les femmes aux cheveux blancs dans les contes de notre enfance soient toutes des sorcières qui souhaitent usurper la jeunesse de leur belle fille…

Les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes ; ils ont seulement l'autorisation de vieillir”- Carrie Fisher

Hollywood à la rescousse des cheveux blancs ?

En n’acceptant pas de se teindre les cheveux, les femmes refuseraient de se conformer aux stéréotypes imposés par la société. Elles seraient dans le laisser-aller, surtout à l’heure où la chirurgie esthétique leur offre tout un arsenal de possibilités pour demeurer jeunes et séduisantes. Fort heureusement, certaines femmes ouvrent la voie. “Elles nous montrent que l’on peut continuer à être dans un rapport de séduction autrement. Comme dans tous les processus de la vie, on perd une chose pour en gagner une autre”, lance Mélissa-Asli Petit. La femme peut alors s’ancrer dans un nouveau rapport au corps et à l’autre.

Helen Mirren, Jane Fonda ou encore Diane Keaton sont les étendards de ce “body positive” version cheveux blancs. D’autres exemples nous proviennent directement de la pop culture, à l’image de la suite de Sex and the City où Miranda apparaît à l’écran avec ses cheveux blancs, tandis que Carrie est en plein dans le processus d’acceptation.

En France, la chanteuse Zazie donne aussi le ton, tout comme Sophie Fontanel qui renverse carrément la tendance en assumant ses "cheveux blancs comme une forme de coquetterie". Ce type de discours participe à la création de nouveaux standards féminins. Autre exemple sémillant ? La youtubeuse Yazmeenah, époustouflante de beauté avec ses cheveux blancs qui sont non sans rappeler la reine Daenerys dans Game of Thrones.

Les femmes puissantes ont (aussi) les cheveux blancs

Dans la sphère plus conventionnelle, des femmes telles que Christine Lagarde ou encore Elizabeth Borne démontrent aussi qu’elles peuvent demeurer pleinement puissantes, cheveux blancs ou non. Des femmes libérées du regard de l’autre et qui ne se laissent plus intimider. Parfois, ça peut paradoxalement donner un label de crédibilité, de sérieux. Les clichés ont la dent dure, on le sait.

Pour sûr, il y a fort à parier pour que la mouvance des cheveux blancs continue à prendre de l’ampleur en ce qu’elle entre en résonance avec le retour à une forme de naturalité. “Il est d’ailleurs intéressant d’observer l’ambivalence de la société. À l’heure actuelle, plusieurs standards co-existent”, souligne David Le Breton. “L’important étant que chaque modèle ne tente pas de s’imposer à l’autre, que l’on choisisse ou non d’arborer ses cheveux blancs”, conclut Mélissa-Asli Petit.

Paulina Jonquères d’Oriola

Journaliste

Journaliste et experte Future of work (ça claque non ?), je mitonne des articles pour la crème de la crème des médias […]

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