Des animaux de compagnie en EHPAD pour le bien-être des résidents… et des salariés

Depuis décembre dernier, l’EHPAD La Belle-Isle à Libourne en Gironde accueille non seulement des résidents âgés, mais aussi leurs animaux de compagnie. Une initiative unique en France, qui fait non seulement du bien aux résidents, mais aussi à toute l’équipe de soignants.
Alors que 86% des Français se déclarent favorables à ce que les Ehpad garantissent le droit de leurs résidents d’accueillir leur animal de compagnie (cela faisait notamment partie des dispositions de la loi “Bien vieillir” discutée à l’Assemblée en mai), un EHPAD a passé le cap dans l’hexagone.
Après avoir mené plusieurs projets autour de la médiation animale (poney, chat, chien, poule…), et constaté que les animaux faisaient autant de bien aux résidents qu’aux soignants, l’établissement est allé un cran plus loin.
"Nous avons déjà quatre chats présents et trois autres vont bientôt nous rejoindre, ainsi que notre premier chien, ce qui constitue une étape importante étant donné que les chiens ont davantage besoin d’activité physique. Au final, nous pouvons accueillir jusqu’à 10 chats et 8 chiens", explique Ludovic Poredos, directeur de l'établissement.
Un espace dédié à l’accueil des animaux
Cette initiative est née d'une rencontre entre l'hôpital de Libourne et CEVA Santé Animale, une entreprise engagée dans le concept "One Health" (à la croisée de la santé humaine, animale et environnementale). "CEVA nous a mis en contact avec une association qui travaille sur le maintien du lien entre les personnes âgées et leurs animaux lors de leur entrée en institution", précise Ludovic Poredos. Très vite, d’autres mécènes se sont ajoutés au projet : Cheops Technology et la société Purina.
Le projet a ainsi abouti à la construction d'un bâtiment dédié à l'accueil des animaux, adossé à l'EHPAD. "Il comprend un espace de vie commun, une zone de soins, une petite cuisine et des espaces distincts pour les chiens et les chats", décrit le directeur. Les chiens disposent d'un logement pour la nuit et d'une zone de toilettage, tandis que les chats ont un espace de vie avec une sortie indépendante menant à une volière. Un parc de 400m² a également été aménagé pour permettre aux chiens de se dégourdir les pattes.
La journée, les animaux passent le plus de temps possible avec leur maître, tandis que la nuit, la structure joue le rôle de base arrière. Des bénévoles et quelques salariés recrutés spécialement pour la cause s’occupent des animaux en l’absence de leur maître.
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Un soutien essentiel au bien-être des résidents
Dès leur admission, les résidents peuvent ainsi préciser s'ils souhaitent être accompagnés de leur animal de compagnie. "On signe un contrat de séjour pour le maître et un autre pour l'animal", explique Ludovic Poredos. L'objectif principal est de favoriser le maintien de l'autonomie et du bien-être psychologique des résidents. "La période d'adaptation à un EHPAD est souvent difficile, notamment le premier mois. Se séparer de son animal ajoute une souffrance supplémentaire alors que l’on doit faire le deuil de son logement, de ses anciennes relations sociales."
L'impact positif de la présence des animaux est déjà visible. "Nous avons eu des résidents qui, avant de retrouver leur animal, étaient repliés sur eux-mêmes et refusaient de participer aux activités. Dès qu'ils l'ont revu, ils se sont ouverts, ont commencé à discuter, à échanger avec les autres", témoigne le directeur.
Les animaux jouent ainsi un rôle thérapeutique auprès des résidents en les poussant à maintenir au maximum leur autonomie afin de pouvoir prendre soin de leur animal. Il a par ailleurs été reconnu que les animaux de compagnie permettent de maintenir le plus tardivement possible les fonctions cognitives des personnes âgées.
Et l’impact n’est pas seulement visible chez les propriétaires, il l’est aussi chez leurs voisins de chambrée qui n’hésitent pas à toquer à la porte de leur coloc’ pour s’enquérir de l’état de forme du jour de Félix. “Cela peut aussi leur évoquer le souvenir d’un animal qu’ils ont eux-mêmes connu durant leur enfance”, poursuit le Directeur.
Des animaux qui soignent aussi les soignants
Si l'idée a rapidement fait consensus, sa mise en œuvre a nécessité un petit travail de sensibilisation auprès des soignants. Des formations ont été organisées avec des vétérinaires pour apprendre à repérer les signes de stress ou de peur chez les animaux. "Il y avait quelques appréhensions chez certains soignants qui avaient eu de mauvaises expériences par le passé, mais globalement, l'accueil a été très positif. Nos soignants sont nombreux à posséder un animal et souhaitent que l’on accueille les résidents dans les meilleures conditions", observe Ludovic Poredos.
Les soignants ont rapidement intégré la présence des animaux dans leur quotidien. Une simple pancarte sur la porte signale qu'un chat est dans la chambre, et les équipes ont adapté leurs pratiques pour s’assurer que le résident est toujours apte à s’occuper de son animal.
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En tant que Directeur, Ludovic Poredos constate aussi les bienfaits sur les équipes : “Cela a détendu un certain nombre de relations. La présence des animaux a un côté apaisant et structurant qui nous ramène à nos valeurs, à savoir que nous sommes avant tout un lieu de vie”. Lorsque les soignants prodiguent leurs soins, les patients se montrent plus apaisés car l’animal permet de détourner l’attention en offrant un sujet de discussion facilement abordable.
À quand une généralisation du projet ?
En partie financé par Purina, qui fournit l'alimentation et couvre une partie des soins vétérinaires, le projet exige aussi des résidents qu’ils versent une participation de 60 euros par mois pour l'entretien de leur animal. "Cette somme permet de garantir la prise en charge des soins courants, comme les vaccins et les traitements antiparasitaires. Mais elle n'est pas demandée aux personnes bénéficiant de l'aide sociale, pour éviter toute inégalité", nous explique Ludovic Poredos.
Ce dernier espère que ce modèle inspirera d'autres structures : "Nous sommes ouverts à partager notre expérience avec d'autres EHPAD ou centres de soins. Beaucoup pensent que c'est trop compliqué à mettre en place, mais en réalité, il existe de nombreuses alternatives".
Envie d’en discuter plus avant ? N’hésitez pas à contacter la structure, les équipes se feront un plaisir de répondre à toutes vos interrogations !