Société

Archives INA : à quoi ressemblait le télétravail il y a 40 ans ?

Si, aujourd’hui, le télétravail semble être une évidence pour tous (même s’il n’est pas pratiqué par une majorité), le fait de bosser de la maison était un petit OVNI dans les années 80. On a fouillé dans les archives de l’INA pour voir à quoi ressemblait le TT dans les 80s

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En 1985, les Français chantent à tue-tête “Besoin de rien, envie de toi” de Peter et Sloane. Et le 19 septembre de la même année, ils découvrent Marie-France dans leur poste de télé. “À Roissy-en-Brie, Marie-France Bergougnoux va aussi rejoindre son poste de travail… tout simplement dans le salon de son pavillon. C’est là qu’elle travaille”, raconte la voix du journaliste d’Antenne 2 (oui, c’est comme ça qu’on appelait France 2 au siècle dernier).

Et là, vous vous dites : ok, mais rien de fou. C’est juste un reportage sur le télétravail. Sauf qu’en 1985, on n’a pas encore eu le Covid, le confinement, on n’a pas Internet partout, tout le temps, et que faire une visio… et bien ça ne veut absolument rien dire.

Le journaliste continue son exploration dans le monde étrange de Marie-France. “Rester chez elle, ne l’effraie pas” claque la voix off. Et Marie-France qui enchaîne avec sourire : “Le matin, je suis chez moi, je suis bien contente de ne pas avoir de transport à faire.” MFB (Marie-France Bergougnoux) n’a pas encore de FMD et savoure, quelques décennies auparavant, la possibilité de ne pas se coller aux autres Franciliens dans le train et autres métros.

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La folle prédiction du télétravail en 1980…

Marie-France serait donc une pionnière ? Pas vraiment. Écoutons plutôt ce que nous raconte Lionel, secrétaire d'État chargé des travailleurs manuels et immigrés…. en 1980. “Je crois qu’un certain nombre de changements très profonds font, que dans les 20 ans à venir, il y aura, non pas quelques milliers, ni même quelques dizaines de milliers, mais des centaines de milliers de nouvelles formes de travail qu’on pourra faire chez soi”.

Lionel ne prédit ni plus ni moins que l’arrivée en masse du télétravail. Trop fort. Et il a vu plutôt juste, le Lionel. Et pour ça, il faut regarder le joli graphique qui suit. C’est l’historique de recherche sur Google du mot “télétravail”. Et sans surprise, le gros pic ici… c’est en mars 2020. Pas besoin de vous expliquer à quoi ça correspond.

4 jobs sur 10 sont télétravaillables

En 2025, 26% des gens télétravaillent régulièrement (”c’est-à-dire quelques jours ou demi-journées par mois” selon la DARES). En 2019, soit avant le Covid, c’était seulement 9%. Peut-on aller plus loin ? Cela sera difficile. Si le télétravail est dans la bouche de tous (ou presque), il est très loin de concerner l’ensemble des actifs, car seuls 39% des jobs sont télétravaillables en France. À peine 4 personnes sur 10.

Mais pour ceux qui y sont éligibles, c’est un plébiscite. La DARES explique qu’aujourd’hui 44% des personnes souhaiteraient plus de TT, 44% sont satisfaits du rythme… et 12% seulement en voudraient moins.

☝️ Le saviez-vous ? Le mot télétravail a fait son entrée dans le dictionnaire en 1978. Mais le verbe “travailler” a dû attendre 2021. Preuve qu’avant, il n’était pas considéré comme une activité ?

Le télétravail, cette autre source d’inégalités femmes-hommes

Mais revenons à notre chère Marie-France de 1985. Le journaliste, interloqué par cette nouvelle forme de travail, lui pose donc une question très pragmatique : quel est l’avantage du système ? “Le mercredi, je peux décaler mes horaires puisque c’est la journée des enfants” rétorque MF. Ça a l’air cool sur le papier, sauf que Marie-France est en train d’expliquer à la télé qu’elle s’arrange pour faire son autre travail : le domestique, du travail invisible.

Les femmes télétravaillent plus que les hommes (51% vs 49%), et ce n’est pas forcément un “avantage”. Elles subissent en plus grande proportion la charge domestique. Deux télétravailleuses sur trois (67%) “effectuent plus de 7h de travail domestique par semaine”, précise toujours la DARES.

De leur côté, les télétravailleurs masculins sont plus épargnés, car ils sont à peine plus d’un sur deux (56%) à faire les corvées. Que ce soit clair : le télétravail creuse les inégalités femmes-hommes sur la charge domestique et mentale.

Une alerte déjà donnée en 1980 par une certaine Françoise Giroud, alors présidente de la Commission du plan sur l'avenir du travail : “Ce serait très dangereux de préconiser le travail à domicile où immédiatement les femmes seraient localisées. On se dirait : c’est tellement simple, et puis si elles sont à la maison, est-ce qu’elles travaillent vraiment ? On les paierait moitié moins. C’est très commode et elles pourront garder les enfants…. Ce serait absolument dramatique comme évolution.” N’est-ce pas ?

Yannick Merciris

Head of Editorial The Daily Swile

Journaliste qui aime autant les mots que le ballon rond. Vu que je gère mieux le premier que le second, j’ai décidé [...]

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