Société

Vétérinaire, cavalière, toiletteuse : 3 métiers pour travailler H24 avec les animaux

Travailler avec les animaux est un rêve pour beaucoup, mais derrière cette passion se cache une réalité bien plus complexe. Que ce soit en tant que vétérinaire, soigneur animalier, éducateur canin ou encore comportementaliste, ces métiers demandent un engagement total, une grande patience et souvent une certaine résilience face aux défis du quotidien. Témoignages.

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Interagir avec les animaux au quotidien est une source d’épanouissement pour de nombreux professionnels. Ces métiers offrent une relation privilégiée avec le monde animal, où chaque jour est différent et riche en apprentissages. Cependant, au-delà de la dimension affective et du plaisir de travailler au contact d’êtres vivants, ces professions impliquent aussi des contraintes physiques, émotionnelles et parfois même financières. Quels sont les avantages et les défis de ces métiers ? Comment se préparer à une carrière aux côtés des animaux ?

Hélène, vétérinaire : “On ne peut pas exercer ce métier quand on cherche des heures fixes”

Je me suis reconvertie en tant que vétérinaire à la trentaine. Ce que j’adore dans ce métier, c’est la diversité : chaque journée est différente et imprévisible. On peut penser avoir une journée calme avec uniquement des consultations de routine, et finalement se retrouver à gérer plusieurs urgences imprévues. C’est à la fois gratifiant et stimulant, et c’est ce qui rend ce métier passionnant.

Même en clinique pour petits animaux, où l’on soigne principalement des chiens et des chats, il y a une vraie diversité. Chaque patient est unique, et une même pathologie peut se manifester différemment selon l’animal, son âge ou son état de santé sous-jacent. Il y a toujours moyen d’apprendre, de se perfectionner. On ne s’ennuie jamais ! Mais il faut aussi connaître ses limites et savoir jusqu’où on peut aller pour rendre le travail exaltant sans se mettre en difficulté.

On ne peut pas dissocier le métier de vétérinaire du contact avec les humains. Les animaux viennent avec leurs propriétaires, et ce sont eux qui prennent les décisions. À la base, je voulais travailler avec des animaux sauvages pour éviter au maximum le contact humain, mais pour des raisons financières et de spécialisation, j’ai finalement choisi la clinique vétérinaire pour petits animaux.

Chaque client a sa propre approche : certains feront tout pour leur animal, quel que soit le coût, tandis que d’autres, pour des raisons financières ou philosophiques, décideront de limiter les soins. On doit s’adapter à ces choix, tout en garantissant le bien-être de l’animal. Aujourd’hui, les animaux font partie intégrante des familles, et la charge émotionnelle des propriétaires est très forte. Il est donc essentiel d’avoir une vraie capacité d’écoute et d’empathie. Un bon vétérinaire doit certes être compétent sur le plan scientifique et clinique, mais il doit aussi savoir gérer la relation avec les clients.

Mais ce qui fait la richesse du métier peut aussi devenir une difficulté. Le travail en équipe, par exemple, est un énorme avantage : on peut s’appuyer sur ses collègues, échanger des idées, discuter des cas compliqués. Mais si l’équipe ne fonctionne pas bien, cela devient une source de stress. Ce métier est déjà intense, avec des urgences où chaque geste compte, et si l’on ne se sent pas soutenu, la pression devient difficile à gérer.

Un autre inconvénient majeur, c’est l’absence d’horaires fixes. On ne sait jamais quand on pourra rentrer chez soi. Il suffit d’une césarienne ou d’une urgence de dernière minute pour prolonger la journée bien au-delà de ce qui était prévu. Cela complique la vie de famille et les projets personnels. Il m’arrive de promettre à mon fils que je viendrai le chercher, puis d’être coincée à la clinique. C’est un défi constant d’essayer d’équilibrer travail et vie personnelle, car ce métier reste une vocation. On ne fonctionne pas comme un magasin avec des horaires fixes !

Dans notre clinique, on essaie malgré tout de préserver cet équilibre de vie en étant cinq vétérinaires, dont deux à temps partiel. On a réduit les gardes de nuit, mais il y a un minimum de service à assurer pour nos clients et leurs animaux. On tient à entretenir une relation de confiance avec eux. Il nous arrive d’accepter des urgences en soirée pour éviter d’envoyer les propriétaires en référé à un coût exorbitant. C’est une question d’engagement envers nos patients et leurs familles.

Un vétérinaire à plein temps travaille quatre jours par semaine, car il est payé à la journée et non à l’heure. En théorie, on termine quand le travail est “raisonnablement” fini, mais il m’est déjà arrivé de partir à 23h. Ce n’est pas impossible d’avoir une vie de famille ou un équilibre personnel, mais ce n’est pas une partie de plaisir non plus. Si les horaires fixes sont une priorité absolue, ce n’est peut-être pas la meilleure voie. Il faut aimer le challenge, savoir s’adapter, et surtout avoir des épaules solides pour faire face aux exigences du métier.”

Julie, cavalière professionnelle dans une écurie : “Travailler avec les animaux a été un refuge”

“J’ai commencé à monter à cheval lorsque j’avais 6 ans, d’abord en vacances lorsque j’étais chez ma grand-mère, puis de manière régulière à l’âge de 8 ans. J’ai ensuite eu la chance d’avoir mes propres poneys avec lesquels j’ai tout gagné. En 2012, j’ai été championne de France. Après une petite pause lors de mon bac, j’ai eu ensuite une super jument avec laquelle j’ai également raflé de nombreux prix.

À cette époque, j’étais dans une écurie proche de Paris. Mon coach m’a dit que si je voulais encore passer un cap, il fallait que j’aille monter d'autres chevaux. J’ai toujours été passionnée par l’équitation mais je n’avais pas forcément planifié cette trajectoire. Tout s’est fait naturellement. En revanche, en parallèle, ma mère a insisté pour que je fasse des études afin de pouvoir rebondir en cas de blessure. J’ai donc passé une licence de chimie.

En 2020, juste avant la pandémie, je suis partie à Annecy dans une écurie comme cavalière de chevaux de commerce et de jeunes chevaux. Dans le même temps, je suis sortie jusqu’en épreuve 135cm avec ma jument (épreuve pro, NDLR).

Le matin, je faisais les box, j’entretenais le matériel, et l’après-midi, je pouvais monter jusqu’à 12 chevaux. Je commençais souvent à 6h le matin pour finir à 20H le soir, sans pause déjeuner. J'ai perdu environ 6 ou 7 kg à l’époque, mais également le contact avec l’extérieur : ma famille, mes amis. J’étais complètement dans ma bulle. Je suis de nature assez réservée et travailler avec des animaux, c’était comme un refuge pour moi. Sur le moment, je ne me sentais pas malheureuse, je ne me rendais pas compte que j’étais si renfermée.

C’est mon compagnon, rencontré dans ces écuries, qui m’a ouvert les yeux, notamment sur la relation que j’avais avec mon patron qui avait des traits de pervers narcissique, à la limite du harcèlement moral. Il ne savait pas me donner de conseils sans me hurler dessus. Au bout de quatre années, j’ai fini par quitter les écuries. Si les choses s’étaient passées autrement, je pense que j’y serais encore.

J’ai beaucoup appris au contact des chevaux : cela m’a apporté de la rigueur, de l’efficacité, et la charge de travail ne me fait pas peur. Et puis, il faut aussi savoir s’adapter à chaque cheval, c’est ça qui est si enrichissant. Entre temps, je suis retournée dans un laboratoire pharmaceutique et je suis ultra-dynamique dans mon job. Travailler dans une écurie, ça forge le caractère !

Heureusement, cette mauvaise expérience avec mon ancien patron n’a en rien entamé ma passion. Avec mon compagnon, nous avons 3 chevaux et rêvons de les avoir à la maison, voire d’ouvrir une écurie de propriétaires. Si je devais donner un conseil à celles et ceux qui rêvent de faire ce type de métier, je leur dirais de se lancer si cela leur tient à cœur, mais d’avoir une roue de secours si les choses se passent mal. Peu importe le milieu, c’est important de garder la tête froide et de ne pas se laisser dévorer par son job. Le travail dans les écuries, ce n’est pas toujours aisé psychologiquement, bien que le plus difficile ce ne soit pas les animaux… mais les humains autour !”

Gaelle, toiletteuse : “On ne s’occupe pas que de rendre les chiens beaux, c’est aussi une question de bien-être”

“Devenir toiletteuse ? Cela a toujours été mon souhait depuis l’âge de 5 ans. Cette passion est née de l'amour que je portais à mon caniche : je m'en occupais beaucoup, surtout après qu'une toiletteuse lui ait accidentellement coupé des verrues avec une tondeuse. Pour éviter qu'il ne saigne, j'ai voulu apprendre à le tondre moi-même, sans formation, juste par souci de le protéger.

Malheureusement, ma mère ne voulait pas que je travaille dans le commerce, alors j'ai poursuivi des études juridiques. Pourtant, cette idée de devenir toiletteuse ne m'a jamais quittée. Alors que j'étais secrétaire juridique, j'épilais le westie de mes parents, et le week-end, les chiens du quartier, gratuitement, dans mon garage.

À 28 ans, juste avant la naissance de ma fille, j'ai décidé de remettre ma carrière professionnelle en question. Mon mari gagnait suffisamment pour me permettre de choisir une nouvelle voie. Il voulait que j'ouvre un magasin de chaussures, mais moi, je voulais suivre une formation de toiletteuse. Il m'a dit : "Fais-la et vois si cela te plaît toujours". C'était le cas, alors j'ai ouvert mon salon de toilettage.

Comme je savais déjà épiler et que je n'avais pas peur des chiens, cela me semblait naturel. J'ai suivi une formation express de trois mois et demi, pendant laquelle j'ai appris les standards de coupe et à manier la tondeuse de près. C'était intense, mais passionnant.

Ce métier offre de nombreux avantages. Le premier, c'est de travailler avec les animaux : au moins, eux, quand ils ne sont pas contents, ils mordent. Contrairement aux avocats lunatiques avec qui je travaillais auparavant, les chiens sont francs : ils vous aiment ou vous montrent leur douleur sans détour. La plus belle récompense ? Une petite léchouille pour vous remercier. Cette spontanéité, on ne la retrouve presque qu'avec les enfants.

Et puis, notre rôle ne se limite pas à les rendre beaux. Nous les soulageons aussi : enlever un nœud qui gratte, couper des ongles trop longs, retirer des tiques... Certains chiens adorent le bain et les massages. On participe à leur bien-être autant qu'à leur esthétique.

L'avantage, c'est aussi le lien avec les maîtres. Dans ma clientèle, je suis souvent en contact avec des personnes qui considèrent leur animal comme un membre de la famille. Certains me confient presque honteusement : "Mon chien dort dans mon lit". Je les rassure toujours : "Ne vous inquiétez pas, le mien aussi !". L'animal apporte un équilibre. En tant que fille unique, mon chien m'a appris à partager et à prendre soin d'un être vivant, et je le recommande aux familles avec un seul enfant.

Cependant, ce métier a aussi des inconvénients. Tous les chiens ne sont pas coopératifs, souvent par peur ou par manque d'éducation. Certains n'ont jamais été toilettés et réagissent violemment. Physiquement, c'est éprouvant : on piétine debout, on soulève des chiens lourds. J'ai eu des déchirures musculaires, une sciatique. Le bruit est aussi un facteur : entre les aboiements et les séchoirs, j'ai perdu de l'audition.

Le stress fait partie du quotidien. On travaille sous pression, chaque chien doit être toiletté dans un temps imparti. Si un chien est plus emmêlé que prévu, cela complique tout. Les clients ne comprennent pas toujours ce rythme.

Enfin, il y a le volet personnel. Certains clients s'attachent tellement qu'ils m'écrivent à 2h du matin pour m'annoncer la mort de leur chien, car ils pensent que seule moi peux comprendre. D'autres veulent devenir proches, m'invitent à dîner... J'ai dû apprendre à mettre des barrières.

Ce métier m'a beaucoup appris. Au-delà des compétences techniques, j'ai dû maîtriser l'art de rassurer les clients tout en affirmant mes limites. Parfois, il faut savoir dire non, comme refuser de tondre un vieux chien en une heure sous prétexte de satisfaire un maître pressé. La pédagogie est essentielle.

Mon conseil pour ceux qui veulent se lancer ? Faire un stage avant tout, pour expérimenter la réalité du métier. Si vous aimez seulement les chats, ce n'est pas fait pour vous, sauf si vous vous consacrez exclusivement au toilettage félin. Personnellement, je souhaite voir plus de jeunes rejoindre cette profession en voie de disparition. Cependant, il ne faut pas avoir peur des horaires. Moi, mes 35 heures, je les fais en trois jours, avec des semaines de 70 heures entre le salon, la gestion et les nouvelles collections à commander. Bien sûr, en tant que salarié‧e, c'est une autre histoire. Malgré tout, je ne changerais de métier pour rien au monde !”

Paulina Jonquères d'Oriola

Journaliste

Journaliste et experte Future of work (ça claque non ?), je mitonne des articles pour la crème de la crème des médias [...]

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